13.04.2007

Abderrahman Al Nasir

Cet Abderrahman al Nasir était le fils de l'émir Mohammed et d'une esclave viking, dont il avait hérité les cheveux blonds et les yeux gris-bleus. Les hommes du Nord étaient nombreux en Al-Andalus, cette terre du Sud les attirait depuis les brumes lointaines des fjords scandinaves. Vikings et Slaves formaient la caste des esclaves blancs, qui partageaient le pouvoir avec les Arabes et les Syriens, avec les tribus de Saba qui s'étaient fixées et sédentarisées dans la vallée du Gualdalquivir, l'oued al kabir devenu un immense verger.

Un pouvoir auquel aspiraient les Berbères, descendants des Maures et des Numides de l'Atlas, dont les tribus s'étaient massivement implantées parmi les autochtones ibères de la péninsule. Si l'on y ajoute les Noirs, les métis, les Gitans, les Ethiopiens, les chrétiens mozarabes, les juifs, les descendants des Goths, on mesure à quel point Al-Andalus était une mosaïque ethnique et confessionnelle. Et c'est sur cet empire de nations que régnait al Nasir.

C'était un homme de haute stature, qui se vêtait des costumes de soie blanche, de la couleur représentative de sa dynastie. Il était certes versé dans toutes les sciences, mais c'était avant tout un homme de pouvoir. A la force de ses armes il avait réunifié toutes les forces d'Al-Andalus qui travaillaient à sa dispersion, et il avait ainsi préparé l'avènement du califat d'Occident, dont l'influence était immense dans cette partie de l'Ancien Monde. L'autorité de Cordoue s'étendait aux petits royaumes chrétiens de l'extrême nord espagnol et aux territoires de l'ouest maghrébin. En Ibérie même, al Nasir avait réduit la principauté d'Ibn Hafsun qui menaçait de s'étendre à l'ensemble des sierras andalouses.

Plus rien donc ne semblait s'opposer à la domination de l'Omeyyade. Mais il lui était venu l'idée, au cours d'une promenade sur les rives du Guadalquivir, de transférer en un endroit particulier toute l'expression de son pouvoir ainsi que les meilleures industries de son empire. Cordoue la rebelle lui inspirait une méfiance profonde, c'était une vaste métropole (l'une des principales de l'Ancien Monde, avec Bagdad, Byzance et Xian) qui se révoltait souvent, et nombre des habitants de ses faubourgs, les Rabédis, avaient été expulsés d'Al-Andalus par son ancêtre l'émir al Hakam. Ce sont ces Rabédis qui allèrent peupler Fès à sa fondation.

Le choix du calife se porta sur la pente d'une colline qui dominait majestueusement un coude du grand fleuve. Ce fut là qu'en cette année 936, 1000 ans exactement avant la tragique guerre d'Espagne, fut décidée la création d'une nouvelle capitale pour la splendide Al-Andalus. Et cette capitale nouvelle porterait le nom de Zahra, la favorite du souverain. Qui était cette Zahra ? Une de ces femmes blondes du Nord, si recherchées dans ce pays ? Une belle Abyssine aux yeux de gazelle ? Une Grecque des îles, aux yeux couleur d'Egée et aux cheveux de jais ?
Il n'en demeure pas moins que c'est elle qui aurait inspiré à al Nasir le nom de sa nouvelle capitale, la Ville de Zahra. De Cordoue on y transféra la maison de la monnaie, qui taillait les pièces dans l'or du Soudan. On y transféra également les ateliers artisanaux qui façonnaient les superbes pyxides dans l'ivoire des Indes. On y transféra les ateliers de tissage qui fabriquaient à partir de la soie de Chine les sublimes caftans brochés inspirés des lointaines cours de Bagdad et de la Perse. Al Nasir s'était bâti une capitale à la hauteur de sa réputation prestigieuse. Son fils et successeur, al Mustansir, laissera plutôt le souvenir d'un intellectuel avide de savoir, d'astronomie, de poésie ou de médecine, de tous les mystères de l'univers.

Mais là c'est une autre histoire...

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